Luc CharmassonAprès l'incendie à Notre-Dame de Paris ce lundi, toutes sortes d'informations sont apparues dans les médias et sur les réseaux sociaux. 

Beaucoup parlent du bois, sans forcément en connaître les nombreux avantages.

Pour y voir plus clair, retrouvez les propos de Luc Charmasson, président du Contrat Stratégique Filière bois au Conseil National de l'Industrie, en réponse à une demande de l'Etat concernant le positionnement de la filière bois :

 

1. Eléments sur le sinistre à Notre-Dame. De manière très résumée, deux points sont à mettre en avant :

  • Le matériau, qui est indissociable de la construction même de la Cathédrale , ouvrage exceptionnel notamment d’un point de vue technique par son élévation et ses portées, n'est pas en cause : la charpente, même remaniée en partie au 19 ème siècle, a rempli pleinement son usage de conservation du bâtiment pendant 800 ans.   L'enquête doit démontrer quel type d'erreur humaine dans les interventions de restauration en cours a pu être la cause du départ de feu. Si c'est un apport de point chaud, dans ce type d'environnement de travail, c'est probablement la réglementation même sur les conditions d'intervention pour les opérations de maintenance / réparation qui pourrait / devrait évoluer. C'est à bien distinguer des prescriptions sur la construction elle-même. 
  • Vous aurez certainement remarqué les interventions de sécurisation des œuvres d'art menées par les pompiers , les services techniques de la mairie et de l’Évêché, dans l'intérieur la Cathédrale alors même que la charpente de l'édifice était en feu aux niveaux supérieurs.

Si on fait exception du comportement spécifique de la flèche, une charpente bois soumise au feu se consume lentement sans déformation. C'est ce facteur relatif, mais très important, de différé du risque d'effondrement, qui a très probablement autorisé ces interventions de mise en sécurité des œuvres d'art.  Les pompiers ont mentionné que le risque majeur pour eux était alors celui des gouttes de métal en fusion provenant des tuiles de toiture en plomb.  Si la charpente avait été métallique, comme pour les Twin Towers à New York le 11 septembre, l'effondrement par déformation du métal aurait été inévitable et imprévisible.

2. Risque incendie pour la construction moderne bois : tout parallèle serait totalement hasardeux car rien n'est comparable, ni dans les modes constructifs, ni dans les conditions d'intervention pour les services de secours et d'incendie au sinistre de la Cathédrale.

Ce qu'il faut retenir c'est que par famille d'immeubles (fonction de leur élévation et de leur type), les prescriptions feu bien sûr existent pour les construction bois contemporaines, que la réglementation résulte d'essais aux feu menés régulièrement en interaction avec votre ministère et celui de l'Intérieur, que notre Centre Technique FCBA est habilité Feu, que la réglementation est évolutive : nous venons de travailler avec la DHUP sur l'adaptation des règles pour limiter le risque de propagation feu par les façades extérieures et modifications par insertion d'un pare-feu dans ces façades bois ...

Donc une sécurité des personnes toujours renforcée et une réglementation évolutive avec implication de la filière bois construction selon les retours d'expérience.

3. Savoir-faire de la filière pour la reconstruction :

La forêt française dispose de la ressource qui permettra de renouveler la charpente en chêne. Son élévation sera probablement le fait des Compagnons, qui en ont perpétué le savoir.

Toutefois, et tout en restant au plus près d'une reconstitution historique, il faudra envisager après les calculs de tailler au moins pour partie les poutres avec les technologies modernes d'outillage à commande numérique, pour faciliter une préfabrication avant mise en œuvre.  A défaut, un ajustement entièrement manuel sur place comme aux siècles passés serait très long et peut être pas maîtrisable.

4. Crainte que les volumes de bois pour renouveler la charpente de la Cathédrale n’aient un impact environnemental trop élevé :

Les forêts françaises dès qu'elles atteignent le seuil d'une dizaine d'hectares sont dotées d'obligations de bonnes pratiques sylvicoles, et dès le seuil de 25 hectares de plans de gestion approuvés. Ce cadre strict de bonne gestion durable implique qu'un arbre  une fois récolté sera renouvelé, naturellement ou par plantation. Donc pas de déboisement. Cette gestion durable autorise en France une récolte annuelle de bois d'œuvre de chêne assez constante, autour de 2 300 000 m3 dans toutes les qualités (pour 19 millions de m3 de récolte annuelle de bois d'œuvre toutes essences).

La charpente de Notre Dame représente 1300 pièces, récoltées historiquement sur l'équivalent de 21 hectares de chênaies qui supportaient 250 m3/hectares de gros bois de chêne. Ces quelques 5 200 à 5 300 m3 de gros bois de chêne qu'il faudra retrouver dans nos forêts contemporaines pour remplacer à neuf la charpente de la Cathédrale représentent moins de 1% de la récolte nationale durable, toutes qualités confondues, certainement un peu plus dans la catégorie des gros bois d'œuvre.

Mais en aucun cas cela ne constituera une difficulté pour les forêts ou même un prélèvement qui serait exceptionnel : il pourra s'inscrire dans une gestion normale et attentive du patrimoine forestier.